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100riom-subjectif

Un amour d’animateur

stanley tucci hunger gamesL’animateur de télé a été trié sur le volet. Il a passé des tests éprouvants pour décrocher le job. Comme lever les bras sans que la chemise sorte du pantalon. Danser la zumba avec Miss France. Chanter My Way en verlan. Il a aussi répondu à des questions compliquées : « Avez-vous le même nombre de doigts le soir que le matin ? »

Il a dû travailler sa grossièreté avant de défier les caméras. Ce n’est pas toujours inné, la grossièreté. Certains naissent prodigues de ce talent. D’autres pas. Ils hésitent à en faire preuve. De la même façon qu’on hésite à boire un bol d’eau salée. Mais tiens, se disent-ils après l’avoir goûtée, finalement ce n‘est pas si mauvais, la grossièreté. Alors ils en redemandent. Et rapidement, ne peuvent plus s’en passer.

L’animateur de télé sait que sa carrière peut s’interrompre à tout moment. Là est la noblesse de son métier. Qu’il ne plaise plus au public, on le débarque. Qu’il ne plaise plus au directeur des programmes, on l’éjecte. Qu’il use mal à propos des codes de la grossièreté, on le catapulte sur l’une des cent sous-chaînes cryptées du groupe d’investisseurs anonymes auxquels il doit sa notoriété (et sa fortune). Il présentait un talk-show archi mode et déjanté, il n’interviewe plus que des footeux de troisième zone dans des vestiaires sales et nauséabonds. Finis Ducasse et Gagnaire le soir après l’émission, finis le Veuve Clicquot et le Yoichi single malt à 72 € la bouteille de 70 cl après Ducasse et Gagnaire. Mais ne le plaignez pas. Son sort demeure enviable. Ses indemnités de  départ  ont dument été versées sur son compte. L’un de ses comptes.

S’il n’est pas débarqué, éjecté ou catapulté, l’animateur télé perdure. Il peut traverser comme ça le demi-siècle, changeant de coiffure avec les modes et les saisons. Rien ne l’arrête plus. Il a découvert le mouvement perpétuel. Tel un poisson rouge, il se sent bien dans son bocal. Et nous aussi, nous nous sentons bien en le regardant. On regrettera sa grossièreté quand il s’en ira. Parce que tout a quand même une fin. 

La goutte d’eau qui fait déborder le naze

bulle eau 2C‘est l’histoire d’un genre de bouteille qu’on avale avec l’eau. Des étudiants du Royal College of Art de Londres ont mis au point une bulle transparente, biodégradable, comestible, parfaitement sphérique, mesurant la taille d’une balle de ping-pong, et pouvant contenir indifféremment de l’eau, du vin, de la bière, de la cigüe… On ouvre la bouche et hop on avale la bulle avec le liquide qu’elle contient. De la sorte, nous disent les inventeurs de cette merveille, nous ne jetterons plus des bouteilles en plastique dans les océans.

Je dis bravo, en faisant remarquer toutefois ceci : ces bulles, manifestement fragiles, il serait sage de les recouvrir d’un emballage protecteur (carton, plastique ?) pour éviter qu’elles n’éclatent entre leur lieu de production et leur lieu de vente, ou dans les sacs à main des dames ou dans les cartables des enfants… Autre solution pour ne pas s’en mettre partout : les avaler tout rond à la sortie de l’usine. Mais alors nous aurions l’air de poulets en batterie, le bec coincé dans le distributeur de bulles.

Sur internet un petit film montre un cobaye avalant l’une de ces bulles d’eau (on ne connaît pas encore de cas où un cobaye avale une bulle de cigüe). Ses gros yeux ronds expriment le plaisir et la satisfaction. Hummm… hummm, c’est bon. Il me fait penser à mon lave-vaisselle auquel je donne chaque jour un cube de savon pareillement enveloppé d’une pellicule biodégradable. Comme le cobaye il avale tout. Et ça n’a pas l’air de l’indisposer. En se dissolvant, la pellicule n’obstrue pas son filtre.

Je gage que cette bulle comestible stimulera l’imagination des ingénieurs en agro-alimentaire si elle rencontre le succès. Peut-être mangerons-nous demain notre steak avec l’emballage. De même que nos tomates. Cela changerait quoi, au fond. Le steak haché surgelé et les tomates hydroponiques ont sensiblement le même goût. Ils pourraient d’ailleurs, ces ingénieurs des « bons petits plats », mettre tout le goût dans l’emballage. Et toutes les vitamines. Viandes et légumes ne seraient plus dès lors qu’un alibi. Lequel alibi finirait par devenir inutile – Enfin ! ai-je envie de dire. Emballante perspective, n’est-ce pas ?...

Poésie quotidienne

(Toute ressemblance avec des slogans existant ou ayant existé n’est pas fortuite)

megaphoneBuvez 1,5 litre d’eau par jour. Apprenez l’anglais. Trouvez votre style. Parlez chinois. Pensez au tri. Lavez-vous les mains avec du savon ou une solution hydro-alcoolique. Faites du sport. Jouez le jeu de la transparence. Mangez cinq fruits et légumes. Refusez le programme. Finissez-en avec le mal de dos. Ne grignotez pas entre les repas. Préférez les vêtements en coton à ceux en acrylique. Sauvez la planète. Apprenez les bons gestes. Ayez les bons réflexes. Perdez du poids. Faites cuire vos aliments à la vapeur. Consultez régulièrement un spécialiste. Courez dix kilomètres par jour. Respectez les distances. Osez dire non. Achetez malin. N’ayez pas peur de dire oui. Faites le plein de vitamines. Restez zen. Faites-vous du bien. Consommez avec modération. Soyez généreux. Payez moins cher. Ne laissez pas les autres choisir pour vous. Méfiez-vous des régimes minceur. Choisissez les bons matériaux. Pensez à réserver. Couvrez-vous. Innovez. Dites non au burn-out. Soyez vous-même. Prenez le temps de vivre. Sublimez la femme qui est en vous. Ne laissez plus les regrets gâcher votre vie. Musclez votre concentration. Lâchez prise. Harmonisez les couleurs. Mangez des fibres. Jetez votre mouchoir en papier à la poubelle après usage. Prenez des vacances. Choisissez le sexe de votre enfant. Riez cinq minutes par jour. Laissez votre enfant inventer ses propres histoires. Devenez ce que vous êtes. Ne craignez plus l'échec. Faites de la réussite le moteur de votre vie. Adoptez un chat. Ne vous privez plus. Mangez frugalement. Vivez à cent à l’heure. Hâtez-vous lentement. Ne refusez pas le débat. Demandez le programme. Acceptez de recevoir de l’aide. Faites tout par vous-même. Méfiez-vous des contrefaçons. Remettez-vous en question. N’écoutez pas les autres. N’attendez pas qu’il soit trop tard. Votez pour moi. Croyez en vous. Prenez un coach. Just do it. N’achetez pas sans lire cet avis. Allez-vous faire cuire un œuf. Sans sel.

Pour un conte de Noël, faites le 1

santa clausCe matin, au petit déjeuner, entre le verre de blanc et le saucisson sec, le Père Noël me confia, presque soulagé : « Ma décision est prise. Cette année, je reste à la maison. »

– Mais enfin, pourquoi, Père Noël ? lui demandai-je, plus inquiet qu’étonné.

– Parce que mes rennes se font vieux, me répondit-il. L’année dernière, déjà, j’ai senti qu’ils étaient au bout du rouleau. Fringant, le capitaine de l’équipage, a les sabots râpés. Comète, le plus rapide d’entre tous, se traîne dans les côtes. Et Tonnerre, celui qui chante pour donner aux autres du cœur à l’ouvrage, n’a plus qu’un pauvre filet de voix. Ils sont bons pour la retraite, et moi aussi, d’ailleurs. Les forces commencent à me manquer.

Le Père Noël n’avait pas l’air dans son assiette, en effet. Le teint blafard, l’œil triste, il ressemblait à ses fidèles compagnons : une bête fourbue qui a trop longtemps porté son fardeau.

Tapotant sa grosse main noueuse en signe d’affection et de réconfort, je lui dis qu’il existait forcément une solution et que nous la trouverions sans délai sur Internet. Et, de fait, quelques secondes plus tard, je composai un numéro de téléphone, celui de SOS RENNES, une société de location de cervidés nordiques.

– Allo ?...

– Bonjour. Bienvenue chez SOS RENNES, numéro un de la location de cervidés nordiques. Si vous souhaitez louer un équipage complet de rennes, faites le 1. Si vous souhaitez louer des mâles, faites le 2. Si vous souhaitez louer des femelles, faites le 3. Si vous souhaitez louer autant de mâles que de femelles, faites le 4. Si vous souhaitez louer des rennes à l’unité, faites le 5. Si vous souhaitez parler à un opérateur, faites le 6. Pour bénéficier d’une remise de 10%, faites le 7.

Je fis le 6.

– Allo ?...

– Tous nos opérateurs étant occupés, nous vous prions de bien vouloir nous rappeler ultérieurement. Merci de votre confiance.

Dépité, je raccrochai. Le Père Noël, qui n’avait pas perdu une miette de ma conversation avec le robot, se grattait le front, le regard comme tourner en lui-même. Il réfléchissait. Puis, esquissant une moue dans sa barbe épaisse, il me dit :

– Je me demande si ce n’est pas moi qui aie livré ce standard automatique à SOS RENNES l’année dernière…

PARLEZ-VOUS PERROQUET ?

perroquetsJ’ai dit à ma femme : 

– Ce n’est pas parce que nous nous séniorisons, que nous ne devons plus être en situation d’attente positive. 

– Tu as raison, m’a-t-elle répondu. Nous n’allons pas nous laisser impacter par l’entropie sans rien faire. Changeons de paradigme.

– Et de méthodologie, ai-je surenchéri.

– Que dirais-tu d’une approche désormais holistique de notre vie de couple ?

– Bonne idée. Et ajoutons une dose de fertilisation croisée de nos expériences. Dès demain je te ferai le reporting de chacune de mes  journées en one-to-one.

– Moi aussi !

– Comme ça nous serons pleinement acteurs de nos échanges.

– C’est vrai. En interne, tout repose sur les échanges et le partage, mon chéri.

– Mais en externe… On fait quoi de notre interface actuelle ? Je la trouve un peu déceptive.

– On la reprogramme pour qu’elle soit plus efficiente. Gommons notre image trop older, si tu vois ce que je veux dire.

– Oui. Soyons plus friendly et open.

– Et soyons hype.

– Pas trop quand même. On pourrait nous reprocher de challenger la Génération Y. Et au final, bonjour la double peine : on ne remplirait pas l’objectif de proximité et on se fermerait les perspectives.

– En effet, je n’y avais pas pensé.

– L’idéal, c’est de cibler des options stratégiques.

– Que dirais-tu d’organiser des showcases dans notre jardin ?

– Ah, non ! Ça pourrait perturber son écosystème ! Tout ce bruit et ces gens qui piétinent les parterres, renversent leurs verres de champagne sur les cardons et les rutabagas, tu n’y songes pas…

– Oublie, je n’ai rien dit.

– En matière d’options stratégiques, je crois qu’un branding sur Facebook et Twitter sera amplement suffisant. Et puis, c’est gratuit.

– Je m’en occupe. Pas d’souci. Je gère. J’entrevois déjà un storytelling jubilatoire : nos vacances à Phuket l’hiver dernier. Tu te souviens ? Le touriste allemand qui a retrouvé ta montre, celle que tu avais perdue au Royal Paradise, il disait qu’il était le cousin d’Angela Merkel. Quelle histoire !

– Perso, je ne l’ai jamais cru. Mais c’est clair que ça fait une bonne story. Sans compter que le nom d’Angela à côté du nôtre, dans la même phrase, ça claque !

– Oui, on tient quelque chose.

Tattoo juste

www.gentoftebornekulturuge.dkL’été approche, les probabilités de soleil augmentent, la plage se profile, et je n’ai toujours pas choisi mon tatouage. Horreur ! Je vais être nu comme un verre non sérigraphié. De quoi vais-je avoir l’air ?... Mais de rien.

Depuis trois mois, je feuillette fébrilement les magazines spécialisés. J’y trouve un peu toujours les mêmes choses. Les dragons, les papillons et les motifs pseudo-celtiques y tiennent la corde. Se dégage aussi de ces magazines une assez nette tendance « biker » : guidons à tête de mort et bicylindres en V. Un bicylindre prend toute une épaule, voire un torse complet. C’est paraît-il le seul moyen de rendre les détails, notamment les ailettes de refroidissement des carburateurs.

Sur un site internet bourré de photos, j’ai trouvé du surréaliste, genre Dali. Des types se font tatouer un visage sur leur propre visage. Ça leur fait une drôle de tête. D’autres ont des plaies béantes en trompe-l’œil au niveau des flancs. Grâce à la même technique du trompe-l’œil, une femme a des lombrics qui lui sortent du bras droit. La légende ne dit pas si c’est pour la pêche ou pour se donner un style.

J’avoue que le trompe-l’œil me tente. Mais pas un truc à la Dali. Un truc plutôt bucolique. L’arrachage des betteraves en Limagne, par exemple. Sûr qu’avec un tel tatouage, j’emballe cet été une fille du Nord où la betterave est de tradition comme chez nous.

Apprenant cela, un copain m’a reproché de manquer d’ambition. « Vise la Parisienne, m’a-t-il dit. On attrape pas ces filles avec des betteraves, mais avec du moderne. Fais-toi tatouer autour du nombril les symboles de l’Auvergne future : un incubateur de start-up en Combrailles ; un pneu vert biodégradable (mais pas trop vite) ; une liaison aérienne Clermont-New-York en A380 (tarif low cost) ; une fusée réutilisable de l’ASA (Agence Spatiale Auvergnate)… »

Son idée m’a séduit. Mais finalement non. Un tatouage, c’est pour la vie. Or que fera ma parisienne quand elle aura soupé de mon pneu biodégradable et de mon incubateur des Combrailles ? Elle cherchera sans doute un Basque avec des lunettes de réalité augmentée tatouées sur la cuisse. Les copains sont pavés de bonnes intentions. Comme l’enfer et le tatouage.

MARATHON MAN

coureursLe joggeur débutant ne ressemble à rien. Sa foulée pesante, son souffle court, ses yeux hagards et son visage ravagé par l’effort inspirent aux passants qui le croisent une vague répugnance et pas mal de questions : « S’il fait un malaise devant moi, j’appelle le SAMU ou je l’achève ? »

Mais il s’accroche. De sorte qu’au fil des mois, à force de pugnacité, sa foulée s’allonge, son corps se transforme, et son souffle s’affermit. Son visage rayonne bientôt d’une extase béate, un peu stupide, signe qu’il jouit sans entrave de l’ivresse du coureur de fond.

Adaptant sa tenue vestimentaire à son nouveau statut et à son nouveau corps, il troque son survêtement XXL, qui lui donnait un air de type en pyjama, contre un collant et un juste-au-corps en polyamide, qui lui confèrent désormais une allure de danseur étoile interprétant Casse-Noisette ou Le Lac des Cygnes.

Son comportement change aussi. Tandis qu’à ses débuts il ponctuait de « pardons » et de « ‘scuses » son lent et pénible slalom entre les passants, il renverse maintenant tout sur son passage. Grands-mères, poussettes, chiens, chats, enfants, sont impitoyablement éjectés du trottoir. De cela aussi il jouit beaucoup.

Etape ultime de sa transformation : le prosélytisme. Il prêche la foulée salvatrice.  D’abord il convertit sa femme et ses enfants aux joies ineffables de la course à pied. Tout le monde en collant le week-end, et que ça saute ! Vient ensuite la montée d’escalier. Le papi polyarthritique du troisième a droit, comme les autres, à sa petite visite. Enfin l’immeuble et tout le quartier sont démarchés.

S’il possède quelque talent de plume, il tient un blog, dans lequel il donne en temps réel, aux multitudes ébahies, des nouvelles de ses fréquences cardiaques, de ses ampoules, de ses mycoses, de ses tassements de vertèbres, de ses ongles incarnés.

Il écrit parfois un livre. « Courez ! » ou « La santé par les pieds » en est généralement le titre. Un coup de pouce du destin peut même le propulser à la télé. Il chronique d’abord chez Drucker, puis il produit sa propre émission : « Demain nous serons des milliards ». Le joggeur n’a pas de limites. Il court à tombeau ouvert sur les ailes du succès.  

ET MAINTENANT, LE « TA GUEULE DATING »

superhero datingLe langage est venu aux hommes le jour où l’un d’eux s’est coincé les doigts dans la portière de sa voiture. Il a crié : « AH !... » Les autres, croyant qu’il avait dit « a », ont enchaîné : « b, c, d, e, f, g, h… » jusqu’à « z ».

Avec ces lettres, les hommes ont formé des mots. Avec ces mots ils ont formé des signes sur le papier. Et depuis cet instant nous sommes envahis de missives comminatoires et de relances administratives. La vie est infernale depuis qu’un homme s’est coincé les doigts dans la portière de sa voiture.

Mais avec les mots les hommes ont fait bien pire. Ils ont inventé le débat télévisé. L’autre jour un homme et une femme s’opposaient ensemble à un autre homme et à une autre femme comme dans un double mixte de tennis. Tous ils poussaient des cris, suaient, allaient à la faute, se faisaient passer au filet. Supervisant leurs échanges, un monsieur Loyal tentait de régler la circulation des mots et des idées dans un louable esprit de neutralité, mais ne sachant plus lui-même de quoi il était question au juste, il avait lâché la partie et donnait l’image d’un type qui se cure les ongles.

Le principe du débat télévisé est intangible : il consiste à mettre en présence des personnes d’accord sur l’essentiel et qui s’étripent pourtant sur des détails, histoire de surnager individuellement dans le vaste océan de l’unanimité générale. « Je suis le plus beau car le plus mariole » est en gros ce que le téléspectateur retient de leur prestation (souvent très bien payée).

« Je suis le plus beau » est également ce que dit en filigrane le type ou la fille lors d’un speed dating, réunion improbable et aléatoire de deux êtres autour d’une table qui pensent régler leurs problèmes de drague en deux minutes. Ils se mentent comme ils respirent, mais c’est tout le sel de l’exercice. Et de toute façon ils sont consentants.

Or, un Anglais, Adam Taffler, juge cela insupportable. Drague et mensonge, selon lui, sont incompatibles. Il a donc inventé le « shhh dating ». Traduction semi-française : le « ta gueule dating ». On se tait. On se regarde et on tente de convaincre l’autre de venir à la maison en souriant. Les personnes affligées d’un rictus de requin-marteau rentrent chaque soir bredouille, en regrettant le bon vieux temps des mots et des mensonges.

Ensemble changeons le climat

iceberg  molotov arts deviantart comAdmettons que le climat change. Admettons aussi qu'il change par notre faute. Bon, et alors, où est le problème ? Ne vivons-nous pas dans un monde qui vénère le changement comme un dieu ? Tout doit changer, nous dit-on : nos comportements, nos voitures, nos habitudes alimentaires, nos vêtements, la politique agricole commune, le taux de TVA, la destination de nos vacances. L'heure change deux fois par an, le prix du loyer une fois. Les présidents changent de femme quand ça leur chante et les femmes de présidents changent d’amant quand elles déchantent. Un ministre ne fait pas l’affaire, ou bien fait trop d’affaires, et hop, on le change. Moi-même j'ai beaucoup changé. Je l’ai constaté ce matin en me rasant.

Tout doit donc toujours changer. Tout, sauf le climat. Mais qu'a-t-il de si particulier, cet animal, qu'il doive rester figé à jamais dans ses températures et ses cycles saisonniers ? Pourquoi lui refuser ce qu'on exige de tout le reste ? Et d’abord, qu’en pensent les Inuits qui se gèlent le nez sur la banquise depuis quatre mille ans ? Ne rêvent-ils pas de fonte des glaces, de sable blanc et de cocotiers ? Demandez à un Touareg s’il n’a pas envie de faire du ski. Oui, il en a envie. Il aimerait que ses dunes se couvrent de neige et de remonte-pentes à Noël. Et le Polynésien ? Avez-vous songé au Polynésien ? Il en a soupé du bougainvillier. Lui, ce qu’il veut, maintenant, c’est du conifère. Il veut du changement.

Mais nous autres, nous ne voulons pas. Nous voulons que le climat reste inchangé. Nous voulons encore et toujours du soleil au moment des vacances, du vent sur le lac quand nous sortons le voilier, des fraises en juin et des pommes en septembre. Les ouragans, les tempêtes de sable et les icebergs, c’est niet. Pas de ça chez nous !

Ne nous cachons pas plus longtemps derrière notre éolienne et regardons la vérité en face : nous sommes égoïstes. D’un point de vue pratique, c’est compréhensible, mais d’un point de vue moral, c’est intolérable. Pour une fois, faisons preuve d’altruisme : offrons nos plages aux Inuits, et acceptons de recevoir leurs icebergs. Nous gagnerons au change à l’heure de l’apéro. On the rocks, votre anisette ?

BOURREAUX DE ROBOTS

Snoopy-on-his-kennel-1600-1200Comme les robots, j’ai un programme. Mes parents l’appellent mon emploi du temps. Il est affiché dans ma chambre, au-dessus de mon bureau. Les heures de temps libre y sont inscrites en bleu. Il n’y a pas beaucoup de bleu.

Je me lève tôt chaque matin. Ma journée commence par un bol de céréales. C’est bon pour la santé, dit Maman. Grand-Père donne aussi des céréales à ses lapins.

Après, je me lave les dents. Elles doivent briller comme l’émail du lavabo. Alors je brosse. Quand j’ai fini de brosser, je m’habille. Mais ça ne va jamais. On ne met pas du rouge avec du orange, dit Maman. On ne met pas des rayures avec des carreaux.

Puis je me coiffe. L’épi qui rebique, faut le plaquer avec de l’eau. Mais pas trop d’eau. Elle coûte chère. Le coiffeur aussi coûte cher. Raison pour laquelle Maman coupe mes cheveux. Au moins tu te distingues des autres, dit-elle. Tes petits camarades ont l’air de G.I. américains. En effet, j’en suis très éloigné. Je ressemble à Titus, le yorkshire du voisin.

Vient le moment de se rendre à l’école. Papa m’emmène en voiture. Une demi-heure de route depuis que nous habitons à la campagne. Profite de cette demi-heure pour réviser tes maths, me dit Papa qui écoute Rire et Chansons.

Le soir, Maman vient me chercher. Dépêche-toi, tu vas être en retard à ton cour de musique. C’est sa façon de me dire bonjour.

Dans mon emploi du temps, le mercredi après-midi est en bleu : une heure de judo, une heure de natation et deux heures de musique, dont une de solfège.

Un jour, j’ai avancé l’idée que le bleu n’était peut-être pas la couleur la plus indiquée pour le mercredi après-midi. J’ai dit : « Le temps libre, c’est quand on dispose de son temps… » Maman m’a rétorqué, visiblement agacée : « Le temps libre, c’est une perte de temps. »

Les vacances approchent. Juillet est en bleu : colo de sport la première quinzaine, colo de fouilles archéologiques la deuxième. Papa et Maman sont très fiers de m’envoyer en colo d’archéo.

Août est en noir. Je le passe chez mes grands-parents. Avec eux je m’ennuie beaucoup. Je les adore.

MOUS, SI MOUS...

100 subjectifDes minus, des nouilles et des lavettes ! Les hommes modernes ne valent rien. C’est le constat sans appel d’un anthropologue australien, Peter McAllister. Il a comparé nos performances physiques à celles de nos ancêtres tant lointains que proches. Nous perdons à tous les coups. Des empreintes de pas laissées par des chasseurs il y a 20 000 ans indiquent clairement qu’Usain Bolt aurait fini bon dernier de la finale du 100 mètres s’il avait été opposé à eux. Madame Neandertal aurait brisé l’humérus de Schwarzenegger au bras de fer. Un rituel d’initiation amenait des hommes du Rwanda à franchir des hauteurs bien supérieures au record du monde de saut de Javier Sotomayor : 2 mètres 45. Les aborigènes australiens lançaient leurs javelots en bois à 110 mètres et plus ; nos athlètes atteignent péniblement les 98 mètres avec des javelots en fibres de carbone profilés comme des fusées pour Mars.

Si nous sommes réduits à l’état de guimauve, explique McAllister, c’est parce nous avons tout mécanisé, automatisé, motorisé. Nous ne levons plus une paille du sol. Nos corps ont oublié l’effort et le stress qui l’accompagne. Quand nous achetons un congélateur, un camion grue nous le livre directement dans la cuisine. Nous allons à pied à Compostelle une fois dans notre vie, mais nous prenons tous les jours la voiture pour nous rendre chez le boulanger au coin de la rue. La voiture nous tue, et pas seulement accidentellement. Les ascenseurs nous ramollissent. Même les vélos, dont on se dit pourtant qu’avec eux on se dépense, en réalité nous engourdissent.

Devenir cossards, feignants et glandeurs, telle était finalement notre ambition, laisse entendre McAllister. Une ambition qui nous a menés loin – dans un fauteuil face à la télé. L’humanité du XXIe siècle est un club de mous, l’aboutissement de trois siècles de progrès. Et moi qui me prenais pour le meilleur cracheur de noyaux de cerises de tous les temps !

Décembre 2014

RÉSOLUTIONNISME

grincheux copieN’étant jamais parvenu à mettre en œuvre les bonnes résolutions que je m’acharne pourtant à prendre chaque année, je n’en prendrai en 2015 que des mauvaises, et le succès sera cette fois total. Voici la liste de mes mauvaises résolutions – elle peut encore évoluer d’ici le 31 décembre.

J’ai décidé de bannir le sport de ma vie et de me remettre à manger comme un chancre. Pourquoi devrais-je me forcer à suer sang et eau dans une salle de muscu au milieu de schwarzeneggers polyvitaminés, alors que je serais bien mieux dans un resto, assis devant un chou farci et un pavé de bœuf d’Aubrac En nous faisant croire qu’au prix d’un régime alimentaire drastique et d’épuisants mouvements de gym aussi ridicules que nuisibles nous péterons encore le feu des années après notre mort, le sport nous éloigne à la fois des plaisirs de la table et du bon sens le plus élémentaire. Donc « no sport ! » comme disait Churchill, et surtout des assiettes pleines à craquer.

J’ai décidé que je devais mettre un terme une bonne fois pour toute à cette manie que j’ai de dire merci à tout bout de champ. Le facteur m’apporte la note du gaz… « Merci. » En plus, je lui souhaite de passer une bonne journée ! Je dois vraiment être idiot.

Aux caisses des supermarchés, je ne céderai plus ma place au type qui se trouve juste derrière moi et qui semble m’implorer de le laisser passer parce qu’il n’a entre les mains qu’un paquet de chips alors que mon caddy déborde. Au nom de quelle logique devrais-je lui faire cette fleur ? Qu’il attende son tour, patience est mère de vertu.

Je ne me voilerai plus la face sur la nature primitive de l’acte consistant à offrir un cadeau aux personnes qui m’invitent à manger chez elles. Cette coutume remonte aux temps préhistoriques. Les tribus se refilaient des babioles, croyant que l’échange les mettait à l’abri d’une tuerie mutuelle. Je n’ai aucune intention de tuer mes hôtes. Surtout s’il y a du chou farci au menu. Donc, finis les cadeaux.

Enfin, j’ai décidé que je vouvoierai tout le monde en 2015. Même mon chat. Des gens seront choqués, ils me trouveront snob, mais tant pis. Le vouvoiement crée de la distance et il est moins compliqué à apprendre que l’anglais. Et vous verrez qu’un jour prochain, la mode s’emparera du vouvoiement, genre produit « vintage ». Je suis déjà en avance sur mon temps. 

SEPTEMBRE 2014

L’HOROSCOPE A MOELLE

belierBélier : arrêtez de faire le mouton et sortez du troupeau. Et enlevez-moi ce guidon de course que vous avez sur la tête, c’est vraiment ridicule. Amour : faites des sacrifices. Argent : ne vous laissez plus tondre.

Taureau : la dernière fois que vous avez foncé tête baissée, vous avez fini en côte de bœuf. Retenez la leçon. Amour : les pires vacheries vous attendent. Argent : n’y pensez même pas.

Gémeaux : vu que vous êtes deux, vous n’avez besoin de personne. Débrouillez-vous. Amour : jalousie inévitable. Argent : ouvrez un compte commun.

Cancer : avec un nom pareil, vous faites peur à tout le monde. Changez-en ou résignez-vous. Amour : soyez plus malin. Argent : soyez beaucoup plus malin.

Lion : prenez part aux tâches ménagères. Ne laissez plus les femelles faire le boulot à votre place. Amour : uniquement si vous avez débarrassé la table. Argent : vous avez bien assez d’une couronne.

Vierge : vos airs de mijaurée vous exposent à la concupiscence des mâles. Songez-y. Amour : des progrès à faire. Argent : seul le poinçon garantit sa valeur.

Balance : si on vous pose une question, ne répondez pas. Amour : il vous sera servi sur un plateau, mais alors vous perdrez votre équilibre. Argent : vérifiez son poids.

Scorpion : vous exagérez toujours la menace. Soignez-vous. Amour : vous en pincerez bientôt. Argent : ne piquez plus dans la caisse.

Sagittaire : jouez un peu moins aux Indiens et dites bonjour au shérif. Amour : vous n’êtes pas Cupidon. Argent : réduisez votre train de vie ou vous n’aurez plus un flèche.

Capricorne : des propriétaires de chalets se plaignent de votre régime alimentaire. Mangez moins et tout rentrera dans l’ordre. Amour : soyez moins larve. Argent : plus de chèques en bois.

Verseau : votre ère viendra, mais en attendant conformez-vous aux règles en vigueur. Amour : méfiez-vous des gourdes. Argent : continuez d’arroser.

Poisson : ne gobez pas tout ce qu’on vous raconte. Amour : avec vos yeux de merlan frit, aucune chance. Argent : n’en faites pas un plat, il pourrait vous en cuire.

 

MAI 2014

LES HABITANTS DE LA PLANÈTE SELFIE

Darth-Vader-selfie-2877912Quand j’ai le moral dans les chaussettes, quand ma vie n’est plus qu’un épais brouillard, je me fais un selfie. Je prends le sourire le plus niais que j’aie en magasin, je me le colle sur la figure, et je me photographie avec mon smartphone, n’importe où, dans ma voiture à un feu rouge, dans les toilettes du boulot, à la maison devant la télé.

Aussitôt je me sens mieux. Le brouillard se lève. A nouveau j’ai de l’estime pour moi. Et je repars au combat. Un coup de selfie et ça repart ! L’avantage du selfie sur la barre de chocolat hyper-glucosée, c’est précisément qu’il ne contient pas de sucre. C’est un peu comme le sex-toy, qui n’est porteur d’aucune maladie. Notez qu’on peut se faire un selfie à plusieurs. Au lieu d’un sourire niais, on en a deux ou trois sur l’écran du smartphone, et sans doute que ça multiplie d’un facteur deux ou trois l’estime de soi de chacun des selfeurs. Doit bien exister une étude psycho-statistique là-dessus…

L’autre jour, dans une cafète bondée, j’étais en train de manger une saucisse-frites. Elle ruisselait de graisse. Je n’allais pas bien du tout. Le brouillard formait autour de moi comme une gelée anglaise très épaisse. Je ne voyais pas d’issue, sinon celle du selfie. Au moment où je m’apprêtai à prendre mon smartphone dans la poche avant de mon pantalon, il vibra. C’était pas désagréable, d’ailleurs. Je regarde l’écran : mon chef de rayon ! Il m’envoyait son dernier selfie. Il avait l’air tellement idiot sur la photo, que je l’ai immédiatement envié.

Mon chef de rayon est le roi du selfie. Depuis que sa femme l’a plaqué et qu’il a enfin compris qu’il ne serait pas augmenté avant la saint Gudule, il se selfe dix fois par jour. Autant dire qu’il a de l’entraînement. Du savoir-faire. Au boulot on l’appelle le Vinci du selfie. La photo qu’il venait de m’envoyer, il l’a prise dans la rue, au milieu d’une canisette. Génial !

Je n’ai pas son talent, mais quand même je me débrouille. Dans la cafète, je me suis photographié avec plein de frites dans la bouche. Allez sourire avec plein de frites dans la bouche ! Pourtant j’y suis arrivé. Mon chef de rayon était bluffé. Il m’a dit : « T’as la frite ! » En effet, j’allais mieux. J’avais retrouvé mon estime de moi.

 

FEVRIER 2014

WONDER WOMAN

talon rougeD'après un biologiste américain, les femmes seront plus petites de deux centimètres et pèseront un kilo de plus dans quatre cents ans. Il s'agit de moyennes, bien entendu. Et ces femmes, avec lesquelles ni vous ni moi n’aurons jamais le plaisir de faire un brin de causette, seront également plus fertiles, entendez par-là qu'elles auront des enfants comme on attrape un rhume en hiver.

Toujours d'après ce biologiste, elles seront aussi plus robustes, sans doute parce que plus trapues, et en outre moins sujettes au cholestérol, ce qui aura pour effet collatéral de mettre Jacques Weber définitivement à la retraite, ce dernier n'ayant plus dès lors aucune raison de vendre à la télé ses petits pots de Nadacol.

A ma connaissance, l'auteur de ces étonnants pronostics n'explique pas pourquoi les femmes seront plus petites et plus grosses, en un mot plus boulottes, dans quatre cents ans. D'ailleurs, en dehors d'une augmentation de la force de gravité, je ne vois pas ce qui pourrait provoquer ce phénomène. Je dirais même que la tendance actuelle est exactement inverse, si j'en juge par la taille des jeunes filles que je croise dans la rue. Leurs jolis minois culminent à des altitudes himalayennes, et les minets qui les accompagnent, semblant rapetisser à mesure qu’elles grandissent, font figures de caniches, voire de bassets, en comparaison. J'en suis au point de me demander si nous n'empruntons pas les mêmes voies de l'évolution que les mantes religieuses, dont la femelle, énorme, mange le mâle, chétif, après chaque partie de pattes en l'air. Mais j’extrapole.

Ces problèmes, il faut bien sûr s’en préoccuper. Si, comme le dit notre biologiste américain, la femme de l’an 2400 devenait plus petite, plus robuste, plus fertile et moins sujette au cholestérol, il est à parier qu’elle vivrait plus longtemps et qu’elle aurait beaucoup plus d’enfants. De sept milliards aujourd’hui, nous passerions peut-être à vingt ou trente milliards demain, et nous serions comme ces personnages du tableau de Géricault, un peu à l’étroit sur un radeau, et sans doute perpétuellement affamés. Alors mesdames, continuez de grandir, n’hésitez pas à nous dépasser d’une ou deux têtes, la survie de l’espèce en dépend. Mais de grâce, ne nous mettez pas à votre menu. 

 

DECEMBRE 2011

« VENDS BERGER ALLEMAND, MODÈLE 2008, BON ÉTAT, 500 KM, PATTES NEUVES »

pitbull gentilUne semaine que j’ai passé l’annonce, et pas un seul coup de fil. C’est à n’y rien comprendre. Une occase pareille ! Très bon chien de garde, en plus. Peut-être même un peu trop. L’année dernière, il a planté ses crocs dans le gras des fesses du Père Noël, un collègue de bureau qui avait bien voulu se déguiser pour faire plaisir aux enfants. J’en ai entendu parler pendant deux mois.

Mais ce n’est pas pour cette raison que je cherche à le vendre. Je le vends parce que je voudrais un modèle plus petit. Aussi puissant que lui, mais plus petit. Un pitbull à mâchoires en titane, par exemple. Le genre de chien qui en impose, et que je puisse néanmoins mettre dans le coffre de la voiture sans avoir à replier la banquette arrière. Car le problème du berger allemand, ce n’est pas les deux kilos de viande qu’il avale chaque jour, ni les poils qu’il perd au printemps, ni même ses aboiements gutturaux le soir au fond de la niche, c’est sa taille. Long comme un break Mercedes, il nous oblige toujours, ma femme et moi, à faire un choix au moment des vacances : les enfants ou le chien. Ma belle-mère n’aime pas les chiens. Aussi partons nous en couple depuis trois ans accompagnés du seul Rex.

Hier, je me suis rendu dans un chenil, histoire d’en apprendre un peu plus sur les pitbulls. On m’en a présenté plusieurs. En effet, ils ne sont pas très gros. Ni très longs. Ils rentrent aisément dans le coffre avec une, voire deux valises. En tassant, on doit pouvoir ajouter un matelas gonflable. Un détail m’inquiète, cependant. Ils ont tous un air férocement déterminé et une démarche de boxeur qui s’apprête à monter sur le ring pour disputer un championnat du monde. À la réflexion, et en dépit du zèle dont il fait preuve à l’égard du Père Noël, je me demande s’il ne serait pas plus raisonnable de garder Rex encore quelques temps. L’année prochaine, nous l’emmènerons au Lavandou. Il adore les bains de mer.

DECEMBRE 2013 

« VOUS AIMEZ BIEN TOUT CE QUI EST BON ? C’EST TRÈS MAUVAIS ! »*

Oeuf-a-la-coque-e1345475064107Le diététicien est un paramédical de type casque bleu. Il saute sur le front des graisses, prend le cholestérol à revers, et rétablit l’équilibre des corps. Il tient son mandat de l’ONU (Organisation des Nutritionnistes Unis).

Contrairement à une idée reçue, le diététicien ne prépare pas des menus. Il met au point des programmes d’alimentation dans lesquels la viande, les légumes, le lait ou le poisson figurent sous les appellations sapides et alléchantes de protéines, de glucides, de minéraux, de vitamines, etc. Les protéines en sauce, c’est encore ce qu’il y a de meilleur, dit toujours la grand-mère du diététicien.

Le diététicien tire son nom du mot diète. D’où l’effet coupe-faim ressenti par ses clients quand ils prononcent son nom. Le bruit court qu’on peut maigrir par le seul pouvoir du mot diététicien répété comme un mantra.

Il est faux de dire qu’un diététicien condamne tout excès de bouche. Manger un œuf est bon, dit-il. A condition d’en ôter le jaune. Mais ne donnez pas ce jaune à votre chat dans un louable esprit d’économie sans avoir au préalable consulté son diététicien. Comme les hommes, les chats ont droit à l’équilibre.

Charité bien ordonnée commençant par soi-même, le diététicien ne contient pas de cholestérol. Cela ne signifie pas que vous pouvez manger votre diététicien sans risquer de boucher vos artères, cela prouve uniquement l’efficacité de ses programmes d’alimentation qu’il a d’abord testés sur lui. Néanmoins, si par le plus grand des hasards des traces de cholestérol, même infimes, étaient découvertes dans  son organisme, suivez son conseil avisé : ne le mangez pas !

Le diététicien ne date pas d’hier. Sous l’Ancien Régime, il avait l’oreille des rois, lesquels mouraient de la goutte le plus souvent. Mais c’est bien connu, les rois n’en font qu’à leur tête. Voyez Louis XVI…

Depuis l’Antiquité, des guerres féroces opposent les diététiciens entre eux. Les pro-viandes combattent les pro-légumes, qui tirent à boulet rouge sur les pro-poissons, ennemis jurés des pro-tout. Pris entre plusieurs feux, le client en perd évidemment son latin de cuisine.

*La Grande Vadrouille, Gérard Oury.

 

 

FEVRIER 2011

AVEC LA TNT, FAITES TOUT PÉTER

tv explosion-thumb-450x258Les émissions médicales ont pris le contrôle de votre épouse. Les journaux télévisés vous donnent des haut-le-cœur. Les séries américaines perforent votre ulcère. Les matchs de foot ont brisé votre couple. Vos enfants mangent des chips hypercaloriques et grossissent devant les dessins animés. Bref, la télé a fait de votre existence un champ de ruines. Et malgré tout, vous continuez de la regarder.

Cependant, il vous reste un espoir : le 10 mai 2011, le département du Puy-de-Dôme passe au numérique. Au « TNT ». De quoi faire exploser l’emprise que cette machine a sur vous et votre famille. Le 10 mai, n’accueillez pas la TNT. Passez au noir. À l’écran noir. Votre plasma 107 cm révèlera peut-être autre chose qu’une insondable apathie chez vos enfants. Pourquoi ne peindraient-ils pas dessus un soleil jaune et une mer bleue  (nous recommandons la peinture à l’huile pour son fort coefficient d’adhérence sur le verre) ? Votre épouse ne vous obligera plus à passer 4 visites médicales par an et à manger chaque jour du bifidus actif. Et vous constaterez que votre ulcère disparaîtra comme par enchantement. Le dimanche, vous sortirez en famille. Destination : nulle part. Au hasard des bois et des près. Vous redécouvrirez les joies de la 3D en odorama. Vous recevrez des amis. Vous irez au cinéma, dans une grande et belle salle, et au théâtre. Vous vous poserez des questions sans éprouver l’impérieuse et dictatoriale nécessité d’y répondre : par exemple, l’homme, qui descend du singe, remontera-t-il un jour ? Après avoir soufflé, le vent reprend-il sa respiration ? Les phacochères font-ils exprès d’être aussi laids ? Y a-t-il une vie avant la mort ? Dieu paie-t-il un impôt sur l’infortune des hommes ?… Et vous ne vous demanderez plus, en feuilletant fébrilement les pages de TéléDrama, si c’est sur la 405è chaîne ou la 723è que Lady Gaga épouse Lord Sénile en direct ce mercredi ! Vous serez libres. Le 10 mai, déconnectez-vous. Après, il sera trop tard.

FEVRIER 2013

LE FACTEUR SONNE TOUJOURS A LA FIN

caliméroLundi, Paul Martin m'a téléphoné. Il voulait me vendre un congélateur Sakaï de 280 litres, basse consommation, payable en trois fois. Pour couper court, je lui ai poliment dit que je n'étais pas intéressé, et que de toute façon je n'avais pas une minute à lui consacrer, un énorme pot-au-feu m'attendant sur le gaz.

Mardi, c'est Ludivine Dupont que j'ai eue au bout du fil. De sa voix chaude et caressante, cette petite friponne a tenté de me fourguer un matelas à air comprimé de la marque Boum. Beaucoup plus expéditif avec elle qu'avec Paul, je lui ai sèchement rétorqué que je n'avais pas le temps. C'est que je ne plaisante pas avec la cuisson du riz pour la blanquette !

Depuis environ un an, Eric Durant me téléphone une à deux fois par mois. Multicarte, il vend de tout : des panneaux solaires, des assurances, du crédit à la consommation, des abonnements pour le web et même des promotions sur les promotions. Pour qu'on lui confie autant de marchés, j'imagine qu'il est très fort dans sa partie. Ce matin, il avait une gazinière quatre feux à me proposer. « Allez-vous faire cuire un œuf avec » lui ai-je lancé.

Deux minutes après avoir raccroché au nez d’Eric Durand, le téléphone sonnait à nouveau. C’était Ludivine Dupont. « Le matelas à air comprimé est livré sans frais de port, avec une couverture électrique gratuite et… » J’ai jeté le téléphone par la fenêtre.

Pensant que j’allais enfin avoir la paix, j’ai ouvert mon ordinateur pour consulter ma messagerie. Le magazine Princesses en Détresse m’offrait un tee-shirt en lycra contre un abonnement d’un an. Le comité national des orthodontistes agréés me recommandait le dentifrice Croc-blanc. L’agence Belles-Vacances me conseillait de voler sur les avions de la compagnie Goodbye. Et la clinique vétérinaire du docteur Gouttière m’informait que mon chat aurait le poil beaucoup plus soyeux si je lui donnais les croquettes Fishcat. J’ai refermé l’ordinateur. C’est à ce moment-là que le facteur est arrivé, apportant avec lui la facture des télécoms.

 

septembre 2012

Sainte machine, lavez pour nous

machine a laverPendant des millénaires, sans tambour ni dosette, les mains plongées dans l’eau froide des lavoirs, la femme a briqué les liquettes de son mari, les pulls de ses gosses, et parfois même, mue par un remarquable sens du devoir, les culottes de sa belle-mère devenue impotente avec l’âge. Il fallait bien que quelqu’un se chargeât de blanchir tout ce linge, direz-vous. Il n’empêche. La corvée, c’est elle qui se l’est tapée. Tout le temps. Ce dont aucun homme ne s’est jamais plaint.

Cette stricte division des tâches ménagères — le linge pour les femmes, la lecture du journal pour les hommes — a pris fin à la Foire de Paris en 1920. Cette année-là fut en effet présentée au public la première machine à laver électrique de l’Histoire, un engin bruyant certes, mais porteur des plus belles promesses d’émancipation. Les mains de la femme s’en trouvèrent d’ailleurs aussitôt libérées, exactement comme l’avaient été celles de l’homme des centaines de milliers d’années auparavant, quand celui-ci, se dressant sur ses pattes de derrière dans l’espoir de découvrir un bistrot ouvert en pleine savane, était soudainement passé de l’état de quadrumane à celui de bipède. Et c’est ainsi que depuis 1920, il arrive à la femme de lire le journal, qu’elle tient entre ses doigts graciles et désormais manucurés, et à l’homme de laver lui-même ses chaussettes, qu’il oublie ensuite de pendre à la corde à linge, mais c’est une autre histoire.

Cette bienfaitrice de l’humanité féminine n’occupe cependant pas la place qui lui revient, laquelle est à l’évidence au Panthéon avec Messieurs Voltaire et Rousseau, deux émancipateurs qui ont beaucoup écrit mais peu lavé. Et de même que nous célébrons chaque année avec fastes la prise de la Bastille et les prodromes de la Révolution, nous serions fort inspirés d’établir par décret une Journée de la Machine à Laver qui donnerait lieu à des festivités mémorables. La petite lessive de tous les jours vaut bien la grande des révolutions.

 

 

SEPTEMBRE 2013

VILLAGE PIPEULE

ken barbie 1Les pipeules habitent les pages des magazines en couleur, qu'ils ne quittent que pour se rendre chez leur avocat. Les pipeules ne peuvent pas vivre sans leur avocat.

Les pipeules ne s'affichent jamais avec la même personne. Quand on les voit sortir d'une boîte de nuit au bras de la même personne trois semaines de suite, c'est que la personne en question est leur avocat.

Les pipeules se marient beaucoup, et divorcent plus encore. Quand un pipeule envisage de se marier, il fait part de son intention aux magazines en couleur, avant d'en toucher un mot à l'élu de son cœur. Quand un pipeule envisage de divorcer, il charge son avocat de prévenir son conjoint.

Les pipeules ont parfois des enfants, auxquels ils donnent des prénoms à consonance extraterrestre. Le métier de pipeule étant une charge héréditaire, les enfants des pipeules manifestent dès le berceau les mêmes talents que leurs parents pour le rap, le foot ou l'art d'obtenir une pension alimentaire très copieuse. Chaque enfant de pipeule se voit remettre à sa naissance un petit avocat, qui grandira avec lui, et le conseillera toute sa vie.

Il arrive parfois que les pipeules fassent des bêtises, et que le commissariat du coin les invite à donner une séance de dédicaces dans ses locaux. Les magazines en couleur célèbrent alors l'évènement par quatre photos au lieu des deux habituelles. C'est la raison pour laquelle les pipeules font souvent des bêtises.

Quand un pipeule joueur de foot n'intéresse plus les clubs, il devient acteur de cinéma ou styliste de mode, même s'il ne sait pas dessiner. Quand un pipeule acteur de cinéma ne trouve plus de contrat, il devient consultant sportif dans une chaîne de télévision. Quand un pipeule chanteur n'a plus de voix, il devient joueur de poker. Grâce à leurs nombreux talents, les pipeules n'ont jamais le temps de s'ennuyer.

Les pipeules sont courageux, voire téméraires. Ils ne craignent ni la castagne ni le ridicule. Ils ne redoutent que l'oubli. Exceptionnellement des pipeules meurent avant d'être oubliés.

A ne pas rater !

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